Tout savoir sur les cartes postales.

 

QU'EST CE QU'UNE CARTE POSTALE

- La carte postale est d'abord un moyen de communication. Illustrée, elle est devenue porteuse d'un double message. Elle s'est dès lors affirmée comme moyen d'expression authentique et indépendant d'un art populaire.

Une carte postale est un bristol rectangulaire de format variable destiné à la correspondance postale à découvert. La carte postale bénéficie, en principe, d'un tarif réduit, ce qui a fait à l'origine sa raison d'être.

La carte postale est d'édition officielle ou privée, cette dernière l'emportant largement sur la première. Pour cette raison il n'existe pas de recensement complet des cartes postales. La Bibliothèque nationale, où s'effectue (théoriquement) depuis 1880 le dépôt légal des cartes postales, ne possède que le vingtième environ des cartes anciennes éditées en France.

- Le format de la carte postale est variable. Il à fait l'objet, dans le passé, d'un certain nombre de codifications fixant ses dimensions minimales et maximales. C'est dans le format 9 X 14 que l'on trouve la plupart des cartes anciennes. Le format des cartes actuelles est plus important. Il existe des cartes revêtant les formes les plus fantaisistes : cartes-disques, cartes à système, cartes-puzzles, cartes en losange, cartes transparentes, cartes en trapèze, cartes en forme de feuilles d'arbre, carte en forme de chaussure, etc. Mais ce ne sont évidemment pas les plus courantes.

La carte postale ordinaire (ancienne) est constituée d'un carton rigide de trois épaisseurs pesant entre 3 et 5 grammes. Toutefois, les matériaux les plus divers (cuir, liège, aluminium, bois, soie, plume, cheveux, etc.) ont été employés. La formule " carte postale " doit en principe figurer au dos de chaque carte, mais cette inscription est absente des cartes les moins anciennes et tend à disparaître.

La carte postale illustrée comprend, comme son nom l'indique, une illustration de plus ou moins grande importance. Dans les cartes les plus anciennes, celle-ci est réduite à sa plus simple expression : frise ornementale, cadre, signe, symbole (une croix rouge par exemple).

Dans la carte ancienne on appelle recto le côté destiné à recevoir l'adresse du destinataire, le verso étant réservé à l'image et, éventuellement, à la correspondance. C'est au recto également que figure la formule " carte postale "

Jusqu'en 1903, le recto de la carte postale n'était pas divisé en deux parties. Trois ou quatre lignes horizontales sur toute la largeur de la carte permettaient d'inscrire la seule adresse du destinataire.

Pour le collectionneur, la carte postale idéale est celle qui, ayant circulé, est demeurée en excellent état de conservation, l'illustration (dessin ou photographie) étant vierge de toute trace d'écriture, tache ou maculation. Ces conditions étant difficiles à réaliser, la préférence de l'amateur (surtout dans le domaine de la carte d'illustrateur) se porte sur la carte absolument intacte, pure de toute correspondance. Indiquons que, pour redonner à certaines cartes anciennes leur virginité perdue, le nettoyage des taches et aussi de la correspondance tend à se répandre.

 

La naissance de la carte postale

 

Celle-ci n'apparut véritablement que vers le milieu du XIXe siècle. Elle fit partie intégrante du progrès industriel et du développement des communications. C'est à bon droit que les collectionneurs s'intéressent à ses origines et à son histoire. Cette dernière fait encore l'objet de controverses et même de polémiques, qui ne sont pas que de pure forme puisqu'il s'agit d'apprécier selon leur ancienneté et leur authenticité, c'est-à-dire à leur juste valeur historique et vénale, certaines pièces de collection.

 

On connaît bien à présent les différentes étapes de l'histoire de la carte postale. Si l'Angleterre fut le berceau du timbre-poste (en 1837), l'Autriche fut celui de la carte postale.

 

La carte postale est née à Vienne le 1er octobre 1869, de l'invention d'Emmanuel Hermann, professeur d'économie politique à l'Académie militaire de Vienne-Neustadt. Le 28 janvier 1869 était paru sous sa signature dans le journal du soir Neue Frei Press un article documenté dans lequel Hermann reprenait une idée que le conseiller Heinrich Stephan, haut fonctionnaire prussien des services postaux, avait défendue en 1865 devant la Conférence postale germano-autrichienne de Karlsruhe. Il s'agissait d'introduire un système de correspondance ouverte, pratique et économique. Heinrich Stephan n'avait pas réussi à convaincre ses interlocuteurs, ceux-ci craignant de voir réduire les recettes de leur administration. L'Allemagne de Bismarck et de Guillaume Ier ne semble pas avoir eu alors comme souci majeur d'affirmer sa suprématie dans le domaine de la communication postale.

 

Les transports militaires par voies ferrées 1'intéressaient bien davantage. Nous sommes à la veille de la guerre austro-prussienne. La paix revenue, Emmanuel Herniann reprit les arguments de son collègue allemand. Il vanta adroitement les mérites du système et souligna les avantages financiers que la poste autrichienne pourrait tirer de la postkarte. Il fit valoir que ce mode de correspondance était assuré à l'avance des faveurs du public. Le directeur des postes lui fit confiance, et en quelques mois, 1400 000 correspondenz karten étaient vendues. Au bout d'un an on approcha des dix millions.

 

Le format de cette première carte postale était de 12 X 8,5, dimensions plus réduites que celles du format officiel maximal de 14 X 9 qu'adopta plus tard l'Union postale universelle. Cette carte postale se présentait en impression noire sur un carton crème. Au recto, l'inscription " Correspondenz karte " était imprimée en arc de cercle dans la partie supérieure du rectangle avec, au-dessous, les armoiries impériales autrichiennes ou hongroises (le 1er novembre Budapest suivit l'exemple de Vienne). Un timbre de 2 kreuzer à l'effigie de François-Joseph était imprimé dans le coin supérieur droit de la carte. Trois lignes horizontales étaient réservées à l'adresse du destinataire. Au verso figurait la mention suivant laquelle la direction des Postes déclinait toute responsabilité quant à la teneur de la correspondance.

 

Cette carte étant rédigée en langue allemande, les ressortissants non germaniques de l’Empire protestèrent, et l'on fit droit à leur requête sept cartes bilingues virent le jour.

 

L'exemple autrichien ne devait pas tarder à stimuler la Confédération de l'Allemagne du Nord. Le 1er juillet 1870, la veille du déclenchement de la guerre franco-allemande, Bismarck signait le décret autorisant l'impression et la diffusion des correspondenz karten allemandes, dont 45000 furent vendues à Berlin dès le premier jour d'émission.

 

Antérieurement à ce foudroyant démarrage officiel de la carte postale, il convient de créditer le graveur suisse Fenner Matter de cartes tirées en 1855, à Bâle, d'après des gravures sur bois. Un peu plus tard, le lithographe allemand Miesler tira et répandit des vues de Berlin.

L'européanisation de la carte postale

Rapidement, plusieurs pays européens emboîtèrent le pas à l'Autriche et à l'Allemagne : tout d'abord, le royaume de Bavière et de Wurteinberg, le grand-duché de Bade, puis le Luxembourg (1er septembre 1870) et l'Angleterre (1er octobre 1870). Malgré les réticences de la gentry, qui, à l'instar de la noblesse française du XVIIIe siècle, vit d'un mauvais œil cette correspondance ouverte laissée à l'indiscrétion des domestiques, le gouvernement apprécia les fabuleuses rentrées d'argent que procuraient au budget britannique en difficulté ces petits bouts de carton. Il se vendait deux millions de cartes postales par semaine.

La Suisse, les Pays-Bas, la Belgique rejoignirent bientôt les utilisateurs de cartes postales (1er janvier 1871), Bruxelles se distinguant par une carte illustrée dessinée par le docteur Hendrickx et tirée à près de trois millions d'exemplaires, suivirent le Danemark (1er avril 1871)

puis en 1872 la Russie et les pays scandinaves (Finlande, Suède, Norvège) ainsi que le Canada. Aux Etats-Unis la carte postale naquit officiellement en 1873

et la France

La carte postale apparut en France en 1870 dans Strasbourg assiégée par l'armée allemande. Une carte portant l'estampille de la Croix-Rouge fut mise en circulation par la Société de secours aux blessés afin de permettre à la population civile de communiquer succinctement avec l'extérieur. Le général allemand Weider donna son accord pour que cette carte puisse sortir de la ville, accord dont les Strasbourgeois furent informés par voie d'affiches imprimées en allemand et en français et signées Rosshiert, administrateur de la poste allemande en territoire occupé. Il s'agissait d'une carte discrètement illustrée d'une croix rouge. Elle n'était pas affranchie. On l'achemina non seulement vers la France mais aussi vers la Suisse. Le siège de Strasbourg dura du 13 août au 23 septembre 1870. Il apparaît que d'autres cartes du même type - une vingtaine environ - furent éditées par les soins de divers comités de secours aux blessés notamment à Nantes, Mulhouse, Haguenau, Bischewiller, Besançon, Chambéry, Lyon. A Nancy, passée sous tutelle de l'administration allemande, la population fut informée le 29 septembre 1870 qu'elle pouvait utiliser une carte de correspondance. Celle-ci fut mise à la disposition du public au prix de 1 centime, et en quantité limitée (cinq cartes par personne). Elle était vendue dans toutes les recettes et par les facteurs et pouvait être acheminée vers les Etats de la Confédération de l'Allemagne du Nord, la Bavière, le Wurtemberg, le Bade, le Luxembourg ainsi que vers n'importe quel point des territoires français occupés par l'armée allemande. La correspondance pouvait être écrite à l'encre ou au crayon et l'expéditeur n'était pas tenu de se nommer.

Les premières cartes officielles françaises

L'utilisation de la carte postale officielle n'intervint en France que le 15 janvier 1873. Elle résulta de la proposition du député de l'Yonne Germain Rampont-Lechin, directeur général des Postes. Le 19 décembre 1872, à l'Assemblée nationale, Rampont s'était résolument rangé aux côtés de son collègue Louis Wollowski, économiste réputé, opiniâtre défenseur de la carte postale comme moyen de correspondance. Il emporta la conviction des parlementaires enclins à penser que la carte postale bon marché allait concurrencer le courrier sous enveloppe et entraîner une baisse des recettes des P.T.T. Médecin de formation, Rampont fut, pendant le siège de Paris, l'organisateur du service des aérostats et des pigeons voyageurs. Il tenta également de communiquer avec la province en faisant immerger un câble dans la Seine.

Le 15 janvier 1873, deux types de cartes postales furent mis en vente dans les bureaux de poste. L'une, de couleur jaune, affranchie à 10 centimes, était destinée à circuler à découvert en France et en Algérie, dans l'intérieur d'une même ville ou dans la circonscription d'un même bureau. L'autre, affranchie à 15 centimes, pouvait circuler de bureau à bureau.

La seule illustration (si l'on peut dire) de cette carte postale officielle est une frise de 4 mm d'épaisseur encadrant la partie réservée à l'adresse du destinataire et portant le timbre d'affranchissement et les indications administratives. Le public fit à cette première carte un accueil favorable. Sept millions d'exemplaires s'enlevèrent en une semaine. Quatre autres types de cartes postales officielles virent le jour au cours de l'année 1873, deux autres en 1874, puis deux encore en 1875.

Les premières cartes publicitaires

Jusqu'en 1875, la carte postale est restée un monopole de l'Administration des postes, ce qui ne signifie pas que des commerçants et des industriels n'en aient pas fait usage, à titre publicitaire, avant cette date. Dès 1873, les magasins de la Belle Jardinière firent reproduire au recto des cartes officielles de petites illustrations représentant leurs immeubles de la rue du Pont-Neuf, à Paris.

Un décret paru au Journal officiel du 26 octobre 1875 codifia l'utilisation des cartes postales. L'industrie privée pouvait en faire usage à condition de respecter le modèle administratif. Celui-ci, reproduit dans le Journal officiel du même jour, stipulait que la carte postale devait avoir le format 12 x 8 cm et peser entre 2 et 5 grammes. En dehors des mentions administratives figurant sur le modèle, le recto de la carte ne devait contenir que l'adresse du destinataire. Au verso, dans la partie réservée à la correspondance, la carte pouvait recevoir, comme l'indiquait le règlement, " toutes mentions ou inscriptions quelconques faites à la main, par voie de l'impression, de la gravure, de la lithogravure, de l'autographie ou par quelque procédé que ce soit". Il n'était plus question d'imposer la couleur blanche ou jaune du carton choisie par l'administration en fonction des tarifs.

En 1876 apparurent les cartes postales de l'école sténographique Duployé, puis la publicité Francia, entreprise spécialisée dans la fabrication des bustes officiels de la République (1877). A la même époque, la carte postale connut aux Etats-Unis un essor similaire. Des cartes illustrées furent imprimées et diffusées à l'occasion des expositions de Chicago (1873) et de Cincinnati (1874).

Réglementation, tarifs et formats

Le développement de la carte postale dans les pays industrialisés aboutit en 1874, par le traité de Berne, à la création de l'Union générale des postes, la future Union postale universelle. A partir du 1"' janvier 1876, les Français eurent le droit d'expédier leurs cartes postales dans les pays faisant partie de l'Union. Par la suite, ils se virent gratifiés d'un tarif unique à 10 centimes pour la France et l'Algérie, quel que soit le bureau destinataire (loi du 6 avril 1878, applicable le 1- mai 1878). Ce tarif resta en vigueur jusqu'en 1917, soit près de quarante ans, un record de stabilité des prix! En se limitant à cinq mots (de caractère familial), l'expéditeur bénéficiait d'un tarif de faveur réduit à 5 centimes.

Durant l'été 1878, l'Union postale universelle prit pour base le tarif de 10 centimes pour unifier le prix de l'affranchissement des cartes postales dans tous les pays de la première zone, un tarif de 0,15 F étant applicable dans la seconde zone. Ce double tarif resta en vigueur jusqu'en 1881, date à laquelle un seul tarif prévalut, unifié à 10 centimes pour tous les pays membres de l'Union postale universelle, celle-ci s'étant élargie à de nouveaux membres. Sous sa férule la carte postale fut autorisée à augmenter son format maximal jusqu'à 14 cm X 9 cm. A partir de ce moment, c'est dans ce format que fut fabriquée la majorité des cartes postales, les plus petites ne devant pas mesurer moins de 12 cm X 8 cm.

En 1888, le format minimal autorisé passa à 9 cm X 6 cm et le poids minimal de 2 à 1,5 gramme. La carte postale était alors l'objet de mille attentions administratives comme en témoigne le nombre étonnant de décrets dont elle fut gratifiée.

La carte postale et le secret de la correspondance

La carte postale avait vaincu toutes les réticences. On ne craignait plus une baisse des recettes; an contraire, la preuve était faite qu'elle ne portait pas concurrence à la correspondance fermée. Toutefois, d'autres problèmes avaient surgi : la carte postale circulait sans voile, la correspondance qu'elle portait pouvait être lue par n'importe qui, à commencer par ceux qui avaient la charge de la transmettre au destinataire. Comme il n'était pas possible de bander les yeux des facteurs ni de faire effectuer ce travail par des aveugles, l'administration rappela à ses agents l'obligation de discrétion à laquelle ils étaient tenus (le serment de " discrétion " prêté par les agents remonte à 1790). Mais cette discrétion due à la correspondance fermée s'appliquait-elle à la carte postale? On eut rapidement l'occasion d'en débattre, puisque le 6 février 1873, soit six semaines après l'officialisation de la carte postale en France, une postière normande se permit de lire à haute voix, en présence de ses collègues, une carte postale adressée par un curé à l'une de ses paroissiennes. La guichetière poussa même l'indiscrétion jusqu'à recopier le texte de la carte qui, probablement, ne manquait pas de saveur. Certains témoins n'apprécièrent pas la plaisanterie et portèrent plainte. Il y eut un procès. Un premier jugement du tribunal correctionnel de Caen, rendu le 6 mai 1874, relaxa la jeune postière, les juges estimant qu'il n'y avait pas en violation du secret puisque secret il n'y avait pas. Mais l'affaire n'en resta pas là. Les plaignants firent appel, et le 21 novembre de la même année la postière fut condamnée.

Les " bonnes mœurs "

Il est un autre domaine dans lequel la carte postale eut à défendre sa réputation : celui des bonnes mœurs. Il était évident que la carte postale se ferait le véhicule de toutes sortes de messages et qu'à côté d'audaces artistiques parfaitement honorables (les hardiesses plus discutables - tout au moins aux yeux de certains s'y manifesteraient. Ainsi, la diffamation trouva-elle un élément de choix dans la carte postale, qui, voyageant à ciel ouvert, pouvait être vue et lue par tout le monde. Thémis intervint et sévit. Un décret du 11 juin 1887 reprit les dispositions de la loi de 1881 sur la presse et l'affichage en interdisant que la carte postale allât à l'encontre des bonnes mœurs et des institutions; on poursuivit l'injure et la " pornographie ".

En 1904, le sénateur Bérenger, qui veillait an respect de la morale, fit prendre un décret proscrivant toute pilosité sur les reproductions anatomiques figurant sur les cartes postales. Le collectionneur s'apercevra vite qu'elle ne fut pas toujours appliquée.

Le fougueux sénateur, qui compta parmi ses victimes plusieurs illustrateurs dont Poulbot, avait fondé la Société générale contre la licence (les rues. Les éditeurs de cartes postales n'avaient qu'à bien se tenir. En juin 1910, quatorze d'entre eux eurent à répondre en justice d'outrages aux bonnes mœurs. Mais aucun ne fut jamais poursuivi pour outrage au bon goût.

 

 

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Date de dernière mise à jour : 06/06/2014